« Mädchen – unerwünscht und unterdrückt »
« Nakusha, l’indésirable »

par Laurence Binet, éditions Syros, 1997

Nakusha, l’indésirable

J’ai treize ans. Je m’appelle Nakusha. En hindi, ma langue maternelle, mon prénom signifie “indésirable”. C’est vrai, mes parents ne m’ont pas désirée. Ils avaient déjà deux filles, Sharmla et Kavita, deux filles de trop. Ils voulaient un garçon.

Dans mon pays, en Inde, si on le pouvait, on ne mettrait au monde que des garçons. Surtout nous, les Hindous, parce que, selon nos croyances, seul un garçon peut allumer le bûcher funéraire de ses parents. Il libère ainsi l’âme du mort et lui permet d’accéder à la vie éternelle. Ce geste ne peut être accompli par une femme : il paraît que nous ne sommes pas capables de maîtriser nos émotions.

Alors, si un Hindou n’a pas de fils, son âme est condamnée à errer de réincarnation en réincarnation. Il n’est rien, il n’existe pas. Moi aussi, la fille, je me sens souvent très proche du néant…

Quand je suis née, mes parents n’avaient même pas cherché de prénom pour moi. Ce sont les voisins qui m’ont baptisée Nakusha, parce qu’il fallait bien me donner un nom. Il m’est resté. Comme une marque au fer rouge. Au cas où j’oublierais qu’on n’a pas voulu de moi…

(Laurence Binet, Nakusha, l’indésirable – femmes d’Asie opprimées, 1997, éditions Syros, Paris, 105 pages)

Nakusha, die Unerwünschte

Ich bin dreizehn Jahre alt. Ich heiße Nakusha. In meiner Muttersprache Hindi bedeutet mein Vorname Die Unerwünschte. Es stimmt, meine Eltern haben mich nicht gewollt. Sie hatten bereits zwei Töchter, Sharmila und Kavita, zwei Mädchen zu viel. Sie wollten einen Jungen.

In meiner Heimat Indien würde man, wenn man könnte, nur Jungen zur Welt bringen. Vor allem wir Hindus, denn nach unserem Glauben kann nur ein Junge das Totenfeuer für die Verbrennung seiner Eltern anzünden. Damit befreit er die Seele des Toten und schenkt ihm das ewige Leben. Diese Geste kann eine Frau nicht verrichten: Wir sind angeblich nicht fähig, unsere Gefühle zu beherrschen.

Hat ein Hindu also keinen Sohn, so ist seine Seele dazu verdammt, von einer Widergeburt zur nächsten zu irren. Er ist nichts, er existiert nicht. Ich verstehe, was dieser Fluch bedeutet. Auch ich, die Tochter, fühle mich dem Nichts oft sehr nahe.

Als ich geboren wurde, haben meine Eltern nicht einmal einen Vornamen für mich gesucht. Die Nachbarn haben mich dann Nakusha genannt, irgendeinen Namen brauche ich ja schließlich. Den habe ich behalten. Wie ein Brandzeichen. Falls ich einmal vergessen sollte, dass ich unerwünscht war.

(Laurence Binet, Mädchen – unerwünscht und unterdrückt, traduction du français par Andrea Alvermann, Elefanten Press, Berlin, 1999, 116 pages)